Villeneuvette est un petit village blotti au cœur du département de l'Hérault.
Ce n'est pas un village comme les autres puisque c'est un village usine: une ancienne cité drapière fondée par un marchand drapier de Clermont l'Hérault au XVII° et qui devint sous Colbert une Manufacture royale de Draps pour le roi et les troupes royales
Une allée de platane amène à la porte principale
La grande originalité de la manufacture de Villeneuvette était d'être implantée en milieu rural. Cette situation, rare pour une manufacture de draps fins, conduisit ses entrepreneurs à adopter une organisation tout à fait inédite. Non seulement, ils rassemblèrent, au sein d'un même établissement cerné de murs, la totalité des ateliers y compris celui des fileuses et deux moulins à foulon.
Mais, en plus, pour favoriser le maintien sur place d'une main d'œuvre qualifiée, ils construisirent dès l'origine, à l'intérieur de l'établissement, une véritable petite cité ouvrière qui comprenait déjà 66 logements en 1681. C'était la seule façon d'attirer et de retenir les ouvriers venus d'ailleurs, notamment au départ les spécialistes hollandais du nom de Vandyck, Vandoor ou Trintrop, transfuges de la manufacture de Saptes, qui apportèrent le savoir-faire initial indispensable.
Tout fut fait, de plus, pour organiser un maximum d'autarcie, grâce à la mise en place, dès le XVIIe siècle, d'une sorte d'économat, vendant en boutiques des denrées de première nécessité, telles que blé, huile, vin, viande et poisson, et plus tard l'installation de menuisiers, serruriers, boulangers apothicaires et médecins. Une chapelle fut même construite dès l'origine. Ainsi, la manufacture devint-elle rapidement un véritable petit village, d'où le nom de Villeneuve-lès Clermont qu'elle acquit en 1677 lorsque, par lettres patentes royales, elle fut érigée en communauté d'habitants indépendante. Cette autonomie ne l'empêchait pas cependant d'entretenir d'étroites relations avec son environnement local. En particulier, dépendait d'elle un terroir qui comprenait deux moulins à blé et une métairie hébergeant 800 moutons dont elle tirait, ainsi que du potager installé dans son enclos, une partie de sa subsistance.
De plus, ses ouvriers ne travaillaient et ne logeaient pas tous sur place. Vers 1730, sur les 7 à 800 ouvriers qu'elle employait, 200 seulement habitaient dans la cité. Les autres vivaient dans une douzaine de villages, à moins d'une vingtaine de kilomètres de l'établissement central.
Un système social trés évolué
Les propriétaire créèrent un jardin d'agrément qui doublait au Nord la superficie de la manufacture et donnait une parcelle à chaque famille. Ce lopin constitue une base de l'alimentation non négligeable. Le pain et la viande vendus à bas prix s'ajoutent à ces avantages. Les ouvriers reçoivent le droit à l'instruction et à « l'assurance sociale ». Dès 1803 l'obligation scolaire est établie pour tous les enfants jusqu'à douze ans. Deux instituteurs leur dispensent l'enseignement élémentaire dans l'école communale, L'école est co-financée par les propriétaires de l'usine et les ouvriers, comme la Mutuelle appelée ici « Caisse d 'Épargne »et fondée en 1818. Chaque ménage donne six francs par an à celle-ci, le patron verse le double de l'ensemble des cotisations ouvrières. Sur cette réserve il distribue des allocations à tout ouvrier malade pendant la période où il ne peut travailler. De la sorte, le « chômage forcé » n'entraîne pas la pauvreté et l'on évite la précarité de la condition ouvrière où la survie dépend du salaire quotidien.
Copie des règlements de la Manufacture de Villeneuvette en 1870
Vers 1900, Le nombre d'ouvriers commence à diminuer.L'activité industrielle de Villeneuvette perdura jusqu'au milieu des années 1950 ( en 1954 exactement) et s'est tue pour laisser la place à un havre de paix dans la nature
Aujourd'hui , quel plaisir de flâner à l'ombre des platanes centenaires et des petites ruelles de ce village qui autrefois était fermé le soir, les ouvriers étant en communauté.
Entouré de bois et des vestiges de canaux d'irrigation, vous pourrez découvrir au fil des chemins de promenade des traces d'aqueducs, de béals, de canaux, de bassins car l'eau avait une importance primordiale pour la confection des textiles.
La Dourbie, une charmante petite rivière, traverse le village.
Aujourd'hui, le village est en restauration et le coté industriel disparait peu à peu mais la mémoire des habitants est toujours là sur la passé de Villeneuvette, Ville-Nouvelle...
1- La chapelle, de plan rectangulaire, ne présente guère de recherche architecturale. C'est pourtant un des bâtiments les mieux connus: la description de 1740 nous dit en effet qu'on « bâtit actuellement une nouvelle église pour servir de paroisse aux habitants ». Chapelle privée de la famille Maistre, elle conserve un décor peint daté de 1870 et signé du peintre D. Pauthe. On y voit une iconographie et des inscriptions liées à la doctrine paternaliste de Le Play appliquée à Villeneuvette: représentation d'un archange terrassant «le Matérialisme et l'Athéisme », et l'inscription « Dieu bénit le travail », reprenant l'esprit de la devise du portail d'entrée de la manufacture.
Pas de photo car la chapelle était en réfection
2- La place Louis XIV a été construite à la fin du XVII° ou au début du XVIIIe siècle. Le bâtiment abritait au début du XIXe siècle, la mairie et l'école au milieu, les logements du portier et du maître d'école ainsi qu'une magnanerie. La fontaine-abreuvoir au centre date probablement du XVIIIe siècle.
Place louis XIV
3- Les logements ouvriers, prévus dès l'origine, occupent cinq bâtiments perpendiculaires à la rue Colbert.
Rue colbert
Rue Colbert avec la porte nord
Chacun de ces bâtiments est divisé en « cellules » identiques comportant une pièce et une alcôve par niveau, prenant jour vers l'intérieur de la manufacture par une porte et une fenêtre au rez-de-chaussée et une ou deux fenêtres à l'étage. Ces dispositions répétitives se traduisent en façade par le rythme des ouvertures.
rue des tisserands
Rue des fileuses
On a identifié cependant selon les bâtiments trois types de plans correspondant peut-être à trois types d'activités ou de statut social. Il n'est pas possible d'affirmer Si ces logements abritaient également une activité professionnelle.
4- Ce passage est la porte nord de la manufacture; la grille qui la ferme peut dater de la fin du XVIIe siècle
Au-delà de la porte nord, s'étendait un jardin dont l'allée principale était axée sur cette dernière. Sur le côté sud on trouve un grand buffet d'eau dit « Grand Guillaume » (début XVIIIe siècle).
A la fin du XIXe siècle on a empiété sur cet espace pour construire un local pour la machine à vapeur et la grande cheminée (1883), puis, au début du XXe siècle, deux bâtiments, en métal et verre, pour installer des métiers à tisser fonctionnant à l'énergie électrique.
5- On trouve, à gauche, l'entrée de la rue de la Calade marquée par un pigeonnier dont le toit en pavillon est couvert de tuiles en écailles et les arêtiers ornés de tuiles émaillées (fin XVII début XVIIIe siècle).
L'entrée de la Calade
Le Pigeonnier
la rue de la Calade
A l'extrémité de la rue qui descend vers la Dourbie se trouvaient des ateliers avec des moulins à foulon et des logements.
6- La Grand'rue domine ensuite un espace de jardin en pente douce vers la rivière: là se trouvaient les étendoirs.
la grand rue
L'étendoir
Elle est bordée, à droite, par le manoir de fabrique et, à gauche, par un bâtiment en rez-de-chaussée surélevé, construit à la fin du XVIIe et probablement destiné au tissage. Il a été doublé, au XIX° siècle, par un nouveau bâtiment où se trouvait la deuxième machine à vapeur et sa cheminée (dont il ne reste que le soubassement). Le manoir de fabrique, situé à l'extrémité du grand réservoir, est, dès la fin du XVIIe siècle, le cœur de la manufacture et abrite dès ce moment les opérations de préparation de vérification de la laine. Cet édifice se distingue de l'ensemble des autres constructions par son étendue et par la présence d'un étage supplémentaire. Le pavillon central surmonté d'un campanile domine l'ensemble. Il contient un escalier à noyau ajouré datant de la fin du XVIIe siècle. C'est là qu'au XIXe siècle se trouvait l'entrée principale de l'usine que la famille Maistre édifia à partir de 1860 le long du grand bassin.
7- Au-delà de la porte ouest, un chemin prolongeait la Grand'rue dans la vallée de la Dourbie vers Mourèze. Dans cette vallée et sur la montagne de la Bruyère qui domine le village se trouve encore le double système d'adduction d'eau qui alimentait les installations manufacturières.
la porte Ouest
la grille de la porte ouest
Dès la fin du XVIIe siècle, un canal franchissant la Dourbie 500 mètres en amont de la manufacture grâce à un pont-aqueduc (dit « Pont de l'Amour ») conduisait les eaux d'une source jusqu'au grand réservoir. Au 19° siècle, les besoins en énergie hydraulique étant devenus considérables, il fut nécessaire de doubler ce premier réseau par un nouveau réseau qui captait l'eau sur la commune de Mourèze, il était constitué par un ensemble de canaux, de siphons et de bassins encore en place et utilisables.